mercredi 19 février 2020

UN DIVAN A TUNIS - Manele LABIDI (Réalisation & Scénario) - Tunisie/France - au Gaumont Convention (14.02.2020)

Freud à Tunis dans une comédie à l'italienne...
Un film attachant.
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4/5
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SYNOPSIS :


"Après avoir exercé en France, Selma, 35 ans, ouvre son cabinet de psychanalyse dans une banlieue populaire de Tunis. Au lendemain de la Révolution, la demande s'avère importante dans ce pays « schizophrène ». Mais entre ceux qui prennent Freud et sa barbe pour un frère musulman et ceux qui confondent séances tarifées avec "prestations tarifées", les débuts du cabinet sont mouvementés… Alors que Selma commence enfin à trouver ses marques, elle découvre qu'il lui manque une autorisation indispensable pour continuer d'exercer…"

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On peut considérer ce film un peu comme un tableau d'une société tunisienne en pleine mutation, en plein désarrois, après un printemps arabe...
Une galerie de personnages hauts en couleurs, des situations inattendues, voire ubuesques...
Des scènes tour à tour drôles, satiriques, touchantes...
Une réalisation  bien rythmée, des dialogues percutants, des comédiens épatants, une agréable bande musicale...
Un vrai régal !
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La réalisatrice confirme s'être inspirée des comédies italiennes des années 60-70 :


"Il y a dans ces comédie une vitalité et une outrance toujours teintées de poésie et d’humanité qui ont résonné très fortement chez moi et ont fait le pont avec ma culture arabo-méditerranéenne" 

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Quelques personnages :
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Selma (Superbe Golshift Farahani)...
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Baya, la coiffeuse (Feriel Chamari)...
I
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Naïm, l'inspecteur de police (Majd Mastoura)...
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Raouf, le boulanger (Hichem Yacoubi)...
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Olfa, nièce de Selma (Aïcha Ben Miled)
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Manele Labidi Labbé
Franco-Tunisienne née en 1982
Scénariste Réalisatrice
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Un divan à Tunis est son premier long métrage.

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samedi 15 février 2020

ADAM - Maryam TOUZANI (Réalisation & Scénario avec Nabil Ayouch) - Maroc - au Gaumont Convention (10/02/2020)

Face-à-Face poignant entre une veuve revêche et une jeune fille enceinte, deux femmes aux prises avec les contraintes de la société marocaine...
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4,5 / 5
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SYNOPSIS :
"Dans la Médina de Casablanca, Abla, veuve et mère d'une fillette de 8 ans, tient un magasin de pâtisseries marocaines. Quand Samia, une jeune femme enceinte frappe à sa porte, Abla est loin d'imaginer que sa vie changera à jamais. Une rencontre fortuite du destin, deux femmes en fuite, et un chemin vers l'essentiel."

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Peu à peu une émouvante amitié va naître entre Abla, Samia et Warda la fillette.
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La dernière scène où Samia s'esquive discrètement au petit matin, avec Adam, est déchirante...
Adam, le bébé, le bâtard, dont la mère déchirée embrasse les pieds avant de l'abandonner pour toujours.
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Remarquablement réalisé et interprété le film est à la fois :
Une dénonciation de la société patriarcale,
et
Un magnifique hommage à la solidarité et au courage des femmes.
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Il a été tourné dans la médina de Casablanca. Maryam Touzani précise :

"C’est une sorte de ville dans la ville, presqu’un village, coupé des bruits assourdissants de la ville nouvelle, bien que ses ruelles regorgent de vie. Je voulais dans ce film me couper du monde extérieur, tout en gardant un ancrage dans cette société qui conditionne le destin de mes personnages. Je voulais aussi raconter l’histoire de femmes qui, à leur façon, essaient de se couper elles aussi du monde, sans pour autant pouvoir échapper à ses règles. Pour moi, l’histoire de ces deux femmes, de cette rencontre, de ce qu’elles sont et de ce qu’elles deviennent, est au coeur de ce que j’ai voulu raconter. D’où le désir de les faire évoluer dans un presque huis clos, comme sur une scène de théâtre, avec une fenêtre sur le monde."

IMAGES :
Samia (Nisrin Erradi)...
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Abla (Lubna Azabal)...
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Samia et Abla...
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Samia et Warda (Douae Belkhaouda)...
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Abla et Slimani (Aziz Hattab)...
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Bande annonce :

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Maryam Touzani
 née en 1980 à Tanger
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Réalisatrice, Scénariste, Actrice
Adam est son premier long métrage 
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Voir wikipedia
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lundi 10 février 2020

LE PINGOUIN (1996) - Andreï KOURKOV - Ukraine - Liana Levi piccolo n° 118

Un titre étrange...Un roman qui ne l'est pas moins !
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Présentation par l'éditeur :


"Pour tromper sa solitude, Victor Zolotarev a adopté un pingouin au zoo de Kiev en faillite. L’écrivain au chômage tente d’assurer leur subsistance tandis que le manchot déraciné traîne sa dépression entre la baignoire et le frigidaire vide. Alors, quand le rédacteur en chef d’un grand quotidien propose à Victor de travailler pour la rubrique nécrologie, il saute sur l’occasion. Un boulot tranquille et lucratif. Sauf qu’il s’agit de rédiger des notices sur des personnalités… encore en vie. Et qu’un beau jour, ces personnes se mettent à disparaître pour de bon."

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Ce livre très original que j'ai lu avec plaisir relate les mille et une aventures d'un homme naif et d'un pingouin déprimé en Ukraine, après la chute de l'empire soviétique...
L'auteur nous entraîne dans une suite de situations bizarres, absurdes, voire burlesques qui font sourire...
En fait une satire humoristique et amère d'une société ukrainienne en pleine décomposition (corruption, débordements mafieux, assassinats, etc...)
Mais au-delà de la satire le livre évoque également la solitude, les sentiments de tendresse, d'amour de ses  personnages...
Enfin le roman s'achève de manière abrupte, certes  imprévisible.....mais parfaitement logique ! 
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EXTRAITS :


"j'ai pas de chance avec les femmes. J'en ai eu marre, j'ai pris un pingouin et je me suis tout de suite senti mieux."
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"Début de soirée. Cuisine. Obscurité. Une simple coupure de courant. Dans le noir, on entend les pas lents de Micha, le pingouin. Il est là depuis un an. A l'automne dernier, le zoo a offert ses pensionnaires affamés à tous ceux qui voudraient bien les entretenir. Justement, Victor se sentait seul depuis que son amie l'avait quitté, une semaine auparavant. Il y est allé et a choisi un manchot royal. Mais Micha a apporté sa propre solitude, et désormais, les deux ne font que se compléter, créant une situation de dépendance réciproque plus que d'amitié."
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"Tout allait bien pour lui, du moins en apparence. A chaque époque "sa "normalité". Ce qui, auparavant, semblait monstrueux, était maintenant devenu quotidien, et les gens, pour éviter de trop s'inquieter, l'avaient intégré comme une norme de vie, et poursuivaient leur existence. Car pour eux, comme pour Victor, l'essentiel etait et demeurait de vivre, vivre à tout prix. "
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"Vous avez manqué l'époque de l'abondance, déplora le vieil homme. Chaque siècle offre environ cinq années de faste, puis tout s'écroule... je crains que vous ne viviez pas jusqu'au prochain tour et moi encore moins... Mais moi, j'aurais profité de celui qui vient de passer."
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"Il suffit parfois d'être épaté par quelqu'un pour lui faire totalement confiance."
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Andreï Kourkov
né en 1961
Ecrivain ukrainien de langue russe
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Voir Wikipedia

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INFO - HOMMAGE - MIRELLA FRENI (1935-2020)

Mirella Freni
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L'une des dernières géantes du monde de l'opéra, la soprano italienne est morte ce dimanche 9 février à son domicile de Modène...
 Une des plus belles et longues carrières lyriques...

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Sans doute la meilleure interprète de Mimi :
"Si mi chiamano Mimi" Scala 1965 ----) ICI
SUBLIME !

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Voir wikipedia 


dimanche 9 février 2020

CUBAN NETWORK - Olivier ASSAYAS (Réalisation et Scénario) - France - au Gaumont Convention (04/02/2020)

Un Cubain s'exile à Miami...
Espionnage et Chronique intime.
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4,5 / 5
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SYNOPSIS :

"Début 90. Un groupe de Cubains installés à Miami met en place un réseau d’espionnage. Leur mission : infiltrer les groupuscules anti-castristes responsables d’attentats sur l’île."
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Une stupéfiante page de l'histoire cubaine peu connue en France...
Le scénario est inspiré du livre du journaliste brésilien Fernando Morais "Les derniers soldats de la guerre froide".
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Un véritable thriller que ce film d'espionnage captivant mais aussi un drame où les protagonistes sont souvent broyés...
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Olivier Assayas, au mieux de sa forme, nous offre...
Un scénario solide, étonnant, qui souligne notamment l'ambivalence des héros,
Une mise en scène inspirée, précise et rythmée.
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En fin les acteurs (casting international...) sont tous convaincants, entre autres :
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Edgar Ramirez (René, l'idéaliste fidèle jusqu'au bout à ses convictions)...
I

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Penelope Cruz bouleversante (Olga la femme de René qui rejoindra son mari à Miami)...

I
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Gael Garcia Bernal (Manuel)...

I

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Bande annonce :

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Olivier Assayas
né en 1955 à Paris
Réalisateur et Scénariste
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18 longs métrages
Voir sur ce blog Après Mai (2012)
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Voir aussi Wikipedia

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jeudi 6 février 2020

INFO - Kirk DOUGLAS (1916-2020)

L'acteur Kirk Douglas, monstre sacré d'Hollywood, est mort à l'âge de 103 ans

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Voir Wikipedia

dimanche 2 février 2020

1917 - Sam MENDES (Réalisation & Scénario avec K.Wilson-Cairns) - Angleterre - au Gaumont Convention (28.01.2020)


2 Golden Globes 2020 (meilleur film et meilleur réalisateur)
ET
En route pour les Oscars du 9 février...
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Quand la forme l'emporte sur le fond !
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2,5 / 5
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Synopsis :


"Pris dans la tourmente de la Première Guerre Mondiale, Schofield et Blake, deux jeunes soldats britanniques, se voient assigner une mission à proprement parler impossible. Porteurs d’un message qui pourrait empêcher une attaque dévastatrice et la mort de centaines de soldats, dont le frère de Blake, ils se lancent dans une véritable course contre la montre, derrière les lignes ennemies."
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En dépit d'un scénario aberrant, bourré d'invraisemblances et de clichés, d'une musique belle certes mais trop envahissante, le film se laisse voir sans ennui grâce à la réalisation virtuose de Sam Mendes et à la splendeur de la photographie de Roger Deakins.
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L'action est censée se dérouler en temps réel (soit la durée de la projection) : un nombre invraisemblable de scènes pendant ces 2 heures où de plus l'on passe sans problème du jour à la nuit, puis de la nuit au jour...
Dans un catalogue d'invraisemblances, d'incohérences et de maladresses, on peut noter :
la gentillesse des deux soldats britanniques qui sauvent la vie d'un pilote d'avion allemand abattu,
la méchanceté dudit allemand qui va poignarder à mort l'un d'eux,
des allemands d'ailleurs qui ne savent pas se servir de leurs fusils,
une rivière torrentielle en Picardie,
la traite d'une vache en train de paître paisiblement près du champ de bataille,
ETC...ETC...

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Remarquable réalisation donc de Sam Mendes : 
Le vrai/faux plan-séquence
(Rappel : Un plan-séquence est une scène entière tournée en une seule prise.)
Dans 1917 nous sommes évidemment en présence d'une succession de plans-séquences habilement raccordés, de sorte que l'on peut avoir l'impression que le film a été tourné d'affilée.
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En définitive donc une mécanique parfaitement huilée mais qui tourne un peu à vide.
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IMAGES :
Dean-Charles Chapman (Blake)...


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George MacKay (Schofield)...


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Rencontre avec la jeune française (Claire Duburcq) : la scène frise le ridicule ...
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Sam Mendes
né en 1965 à Reading (Angleterre)
Réalisateur, Scénariste, Producteur
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Il est l'auteur de 9 longs métrages dont
Skyfall (2012)  ICI  sur ce blog.
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Voir aussi wikipedia

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mardi 28 janvier 2020

LA LLORONA - Jayro BUSTAMENTE (Réalisation & Scénario) - Guatemala - au Gaumont Convention (24/01/2020)

De l'art d'associer le fantastique à l'histoire...
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4,5 / 5
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Synopsis :

"La Llorrona : seuls les coupables l’entendent pleurer. Selon la légende, la Llorona est une pleureuse, un fantôme qui cherche ses enfants. Aujourd’hui, elle pleure ceux qui sont morts durant le génocide des indiens mayas. Le général, responsable du massacre mais acquitté, est hanté par une Llorona. Serait-ce Alma, la nouvelle domestique ? Est-elle venue punir celui que la justice n’a pas condamné ?"
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Le scénario est inspiré par le génocide de la population maya qui a eu lieu dans les années 80 au Guatemala, pendant la guerre civile. Le général et dictateur de l’époque, Rios Montt (Enrique Monteverde dans le film), responsable du massacre, a été inculpé, puis acquitté quelques jours plus tard...
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Après l'acquittement une foule en colère se retrouve devant la maison où le général vit avec sa famille et une domestique...
  Une nouvelle employée, la belle et mystérieuse  Alma, arrive dans la maison...
C'est alors que le film devient un huis clos fascinant,  angoissant, cauchemardesque.
Une sorte de folie s'installe peu à peu...
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Un film envoûtant, terrifiant, magique, remarquablement réalisé.
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Images :

Le général Enrique Monteverde (Julio Diaz)...


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Une femme maya voilée témoigne pendant le procès (superbe séquence)...

I


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Maria Mercedes incarne Alma (la justicière ?), 
Tout de blanc vêtue, elle arrive à la maison du général ...

I
I
I

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Jayro Bustamante précise :

"Au Guatemala, on nie tout ce qui s’est passé. En Europe après la deuxième guerre mondiale, on a parlé, pour tenter de soigner. Même en Afrique du Sud, il y a eu des explications, une tentative de réconciliation. Au Guatemala, on préfère penser que les militaires ont sauvé le pays. Des années de procès ont été jetées à la poubelle en une semaine par les pouvoirs de quelques grandes familles et de l’armée, qui sont remontés jusqu’à la cour suprême, laquelle a finalement décidé de dire : non, il n’y a pas eu de génocide ni de génocidaires. Et au Guatemala personne n’a réagi ! Donc, le film a pour ambition de parler à une population qui est totalement dans la négation, qui pense que parler du passé est une perte de temps, et qu’il faut aller de l’avant. Au Guatemala, la population a peur de Dieu, et des militaires." 

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Jayro Bustamante
né en 1977 au Guatemala
Réalisateur, Scénariste, Producteur
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Voir Wikipedia ----)  ICI

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dimanche 26 janvier 2020

MANIERE DE VOIR N° 169 - 1920/2020 LE COMBAT KURDE - Monde Diplomatique

Ce "Manière de voir" passionnant nous aide à mieux comprendre le problème kurde particulièrement complexe...
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Présentation du numéro coordonné par Akram Belkaïd (journaliste et essayiste algérien)

"Voilà un siècle que les Kurdes se battent pour obtenir, à défaut d'un État, la reconnaissance de leurs droits politiques et culturels ; un siècle qu'ils se heurtent aux intérêts des pays où ils vivent - Irak, Iran, Syrie et Turquie -, dans une lutte jalonnée de guerres, de trahisons, de divisions, de massacres, mais aussi d'espérances, de résistances et de quelques victoires... Retour sur une épopée."
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Extraits de l'éditorial "L'allié que l'on sacrifie" de Akram Belkaïd :


"........Grâce à l’existence d’une réelle solidarité dans le monde — traduction plus ou moins évidente d’une mauvaise conscience devant tant de blessures impunies —, la nation kurde unifiée demeure bel et bien un horizon à atteindre. En ce début de XXIe siècle, à l’heure où de grands bouleversements menacent le Proche-Orient et où les États existants s’affaissent, l’idée d’un Kurdistan indépendant, ou membre d’une structure fédérale plus large, n’est donc pas tout à fait morte."
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Une trentaine d'articles dont :

Divisions, alliances et revirements ///// Elizabeth Picard
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-
Gazage à grande échelle ///// Kendal Nezan


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Émancipation féminine au Kurdistan irakien ///// Nadia Maucourant



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Rubriques diverses :
Cartographie
Chronologie
Chiffres-clés

Citations
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Nombreuses photographies

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